Milu Correch

Argentine

Une femme au visage voilé tient un livre, entourée de trois coqs qui se battent. L’image mesure 30 mètres de haut et couvre la façade d’un immeuble à Berazategui, près de Buenos Aires. Milu Correch ne dit pas qui est cette femme. Cette retenue traverse toute son œuvre.

La rue comme école

Milagros « Milu » Correch est née en 1991 à Villa Urquiza, un quartier du nord de Buenos Aires. En 2011, elle voit sa ville se couvrir de peintures murales et commence elle-même à peindre des murs. Elle ne passe pas par une école d’art. Elle apprend dans l’atelier des muralistes argentins Emy Mariani et Lean Frizzera à transposer les motifs de ses carnets sur les façades et à « penser en mètres carrés » (traduit). Elle n’a jamais pris de pseudonyme et signe depuis le début de son propre nom.

« Les rues de Buenos Aires ont été mon école » (traduit), dit Correch. Elle peint au pinceau, au rouleau et à la bombe, souvent sur plusieurs étages.

De Dulcinée aux sorcières

Sa première grande peinture murale voit le jour en 2013 à Quintanar de la Orden, en Espagne. Elle représente une Dulcinée d’environ 20 mètres sur 15 qui porte Don Quichotte et Sancho Panza sur son épaule. Suivent des invitations à des festivals en Europe et en Amérique du Sud.

Vers 2017 naît une série où des enfants masqués sont assis sur de vieilles voitures : une Fiat 126 à Sapri, une Peugeot à Fanzara, une carcasse à Vienne. La série prolonge sa première exposition personnelle, Entre cenizas (Among Ashes), à Buenos Aires. La même année, la plateforme néerlandaise Street Art Today classe sa fresque Óxido (Rouille), à Quilmes, parmi les meilleures peintures murales du mois.

Fin 2017, elle peint Ajo y Vino (Ail et vin) sur une façade de 28 étages à Belo Horizonte. Trois pixadores brésiliens en réalisent le fond. C’est le début de sa série des sorcières, consacrée à des femmes qui soignent, qui savent et qui décident de leur propre vie, et qui furent persécutées pour cela. En 2018, à Nuart Aberdeen, elle évoque les procès en sorcellerie du nord-est de l’Écosse. La même année, elle peint Hécate, déesse des sorcières, à Campobasso.

Le mystère plutôt que l’explication

Correch s’inscrit dans la tradition du muralisme latino-américain, mais contrairement à lui, elle ne cherche pas à enseigner. Ses figures portent des masques ou ont le visage voilé. Corbeaux, coqs et chiens apparaissent sans que leur rôle soit jamais expliqué.

Les femmes sont au centre de nombreuses œuvres. Elle refuse pourtant l’étiquette de « street art féminin » : pour elle, la rue n’est pas un lieu de frontières entre les genres.

Entre le mur et l’atelier

Parallèlement à ses peintures murales, Correch réalise en atelier des œuvres tournées vers son environnement immédiat à Buenos Aires. Elle continue de peindre à l’international, notamment en 2024 au MURAL Festival de Montréal et à MurArcos au Portugal. Chez Pretty Portal, son travail a été présenté dans l’exposition Unfenced, aux côtés d’Irene Lasivita.

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